À peine trois semaines après le lancement de ma saison et ma 9ᵉ place sur la Transvulcania, il est déjà temps d’épingler un nouveau dossard sur cette mythique Maxi-Race.
Une boucle qui a toujours une saveur particulière autour du lac d’Annecy par les montagnes. Cette année, le parcours est inversé avec une arrivée par le Semnoz, un choix finalement très appréciable au vu des fortes chaleurs qui nous attendaient le jour de la course.
La récupération après la Transvulcania a été très courte : un seul jour de repos avant de reprendre immédiatement l’entraînement afin de continuer à accumuler les kilomètres.
Entre ces deux échéances, nous avons pu placer un gros bloc de travail sur de la fatigue. C’est exactement ce dont j’ai besoin dans cette période de préparation avant les gros objectifs de l’été.
J’aborde cette Maxi-Race avec beaucoup de sérénité. Nous sommes ici avant tout pour continuer à prendre des repères. Quand je dis « nous », je parle bien de toute l’équipe qui m’accompagne.
L’objectif est simple : reproduire le plus fidèlement possible ce que nous mettrons en place fin août. Le pacing, les ravitaillements, la gestion de course… Rien n’est laissé au hasard. Il n’est donc pas question de faire des ravitaillements express. L’objectif est de répéter les automatismes.
Sur la ligne de départ, je pense que les deux principaux adversaires seront Hugo et Yannick. Mais sur ce type de parcours où il faut être capable de courir vite, je suis convaincu d’avoir une carte à jouer.
Dès les premiers mètres, je décide d’imposer mon rythme. Je veux leur faire comprendre que la journée sera longue.
Premier kilomètre en 3’34. Deuxième en 3’44. Troisième en 3’48… Oui, il n’était clairement pas prévu de chômer !
Je me retrouve rapidement seul en tête. Personne ne cherche à suivre. Je prends mon rythme dans la première montée et je suis exactement dans les allures que nous avions prévues. Tout se passe parfaitement.
Je poursuis tranquillement jusqu’au premier ravitaillement où un petit groupe revient sur moi. Aucun stress : je suis toujours dans mon plan de course. J’entame ensuite la longue montée vers le Roc de Lancrenaz à mon rythme et reprends progressivement quelques longueurs d’avance sur Hugo et Yannick. Une fois dans mon effort, je ne regarde plus derrière moi.
Les kilomètres défilent et le soleil commence à se lever. Juste avant le col de la Forclaz, Hugo et Yannick reviennent finalement à ma hauteur. Nous basculons ensemble dans la descente vers Doussard.
Je me sens bien. Dans la descente, je reprends progressivement la tête et je les distance petit à petit. Nous arrivons quasiment ensemble en bas, mais sur les trois kilomètres de plat qui mènent au ravitaillement, je remets un peu de rythme et j’arrive avec environ une minute trente d’avance.
Comme prévu, je prends le temps de bien me ravitailler. Pas de précipitation. Exactement comme je le ferai sur l’UTMB. Je cherche avant tout à répéter les gestes qui m’accompagneront autour du Mont-Blanc.
Hugo, lui, choisit un ravitaillement express avec changement de sac et repart environ une minute avant moi. Yannick repart également avant moi.
Aucun problème.
Je repars sereinement et recolle progressivement dans les kilomètres plats qui suivent. Je rejoins Hugo, le chambre un peu au passage, puis poursuis simplement à mon allure. Petit à petit, il décroche. La mi-course est passée. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent.
Dans la montée suivante, je creuse de nouveau l’écart et j’arrive au sommet avec environ trois minutes d’avance sur Hugo. S’ensuit une longue portion plus roulante où l’écart varie constamment.
Puis arrive le pied de la dernière grande montée vers le Semnoz. Et là… coup de moins bien.
Au loin, j’aperçois Hugo revenir progressivement. Quelques kilomètres plus tard, il me rejoint avant de placer une franche accélération. Son attaque est nette. Le message est clair : il ne compte rien lâcher.
J’essaie de gérer au mieux ce passage difficile. Il parvient à creuser l’écart, puis je réussis finalement à le stabiliser. Je continue mon effort jusqu’au ravitaillement du Semnoz, que j’atteins environ six minutes après lui, en espérant encore pouvoir revenir dans la longue descente finale.
Nous rattrapons alors les concurrents des autres formats de course. Les sentiers deviennent étroits et les dépassements compliqués. Il faut sans cesse relancer tout en restant lucide.
À ce moment-là, une chose devient prioritaire : ne pas prendre de risque. Une chute serait la pire des choses avant l’UTMB. Je préfère donc assurer jusqu’à l’arrivée.
Je franchis finalement la ligne environ six minutes derrière Hugo, soit quasiment le même écart qu’au sommet du Semnoz.
Aujourd’hui, il a simplement été plus fort. Et c’est le jeu.
Je suis sincèrement heureux de le voir s’imposer devant ses proches sur une course qui compte énormément pour lui.
Ce qui est assez amusant, c’est que notre rivalité remonte à nos années cadets.
À l’arrivée, Hugo raconte aux médias que je l’ai beaucoup inspiré lorsqu’il était plus jeune, à une époque où je commençais à réaliser de belles performances chez les seniors, juste après nos années juniors. Lui a mis un peu plus de temps à éclore au plus haut niveau.
Aujourd’hui, cette rivalité continue de nous faire progresser. Elle nous pousse à repousser nos limites et à devenir de meilleurs athlètes.
Au fond, c’est ça le sport.
Nous savons tous les deux tout ce qu’il faut investir pour arriver à ce niveau. C’est aussi pour cela que le respect entre nous est immense.
Cette fois, il a eu le dernier mot.
Mais la prochaine fois…
Je ne laisserai rien passer.